Présentation-générale

#338, Vampire Paintings, David Reed, 1994.

Question de recherche : Comment les troubles épistémologiques concernant le réel et l’illusion propres au Gothique, exprimés notamment à travers les procédés technologiques victoriens évoqués dans Dracula, mais aussi dans l’écriture même, établissent-ils des liens entre la culture fin- de-siècle, le cinéma et l’épistémologie post-vérité contemporaine ?

« La nuit était sombre, hormis quelques lueurs de lune¹ »

Illustration sans titre dans The Mysteries of Nature and Art, John Bate, 1935

A Fleeting Diorama of Light and Shade [Un diorama passager de lumière et d’ombre] est un projet interdisciplinaire qui envisage le roman Dracula, écrit par Bram Stoker en 1897, comme un nœud central à partir duquel émergent une multitude de concepts culturels, politiques, artistiques et littéraires. Objet d’étude inépuisable, ce roman a été interprété, réinterprété et réinvesti par des artistes et des chercheur·euses issu·es de tout le champ culturel. C’est l’œuvre littéraire qui compte le plus grand nombre d’adaptations cinématographiques (dont plusieurs très récemment).


Le projet est né de l’envie d’étudier la manière dont les technologies cinématographiques et théâtrales de la fin du XIXᵉ siècle se manifestent dans le roman, puis s’est étendu à l’exploration des liens entre le folklore, les effets spéciaux, l’orientalisme et la culture cybernétique. La démarche adoptée pour ce projet considère la recherche et la création comme des pratiques imbriquées et interdépendantes, visant à produire des objets théoriques. J’espère situer Dracula dans les zones de perturbation entre différentes disciplines — cinéma expérimental, documentaire, art visuel, études filmiques, études victoriennes, études féministes et postcoloniales.


Concrètement, le projet se déploiera sous trois formes : un moyen métrage expérimental, un texte de recherche et, dans un second temps, une installation sculpturale. Il s’agira de créer un objet filmique qui traite de l’histoire et des complexités du récit de Dracula, de ce qui l’a précédé et de sa postérité. Le texte qui l’accompagnera traitera de la présence des technologies cinématographiques et théâtrales dans Dracula, et de la manière dont elles offrent des pistes de réflexion pour penser nos préoccupations contemporaines concernant la culture mimétique et les logiques numériques. Ce projet s’inscrit ainsi dans des terrains mouvants : ce sont les réseaux intertextuels, qui cristallisent la tension entre épistémologie et technologie, qui guideront son évolution.