Fantômes-et-machines

« Je subis un étrange effet d’optique⁹ »

Les inquiétudes victoriennes liées aux nouvelles technologies

de reproduction mécanique et à la perte de « l’aura »

benjaminienne qui en découle reflètent également les angoisses

suscitées par la théorie de l’évolution et sa remise en question

de l’âme humaine¹⁰.


Le temps est déréglé pour les personnages de Stoker, coincés

entre le passé et le présent, entre anciennes croyances et

nouveautés. Alors que les êtres humains sont constamment en

retard ou préoccupés par le passage du temps, Dracula, lui, est

toujours parfaitement ponctuel, maîtrisant avec exactitude les

horaires et les moyens de transport. Les mêmes technologies

qui ont permis la révolution des machines à vapeur ont

également rendu possible le bobinage rapide d’un projecteur de

cinéma. La manipulation temporelle introduite par l’avènement

des chemins de fer et l’expérience du voyage ferroviaire a été

mise en relation avec une forme de proto-cinéma¹¹.


L’inversion temporelle était également un thème récurrent

dans la littérature gothique : la nuit et le jour sont souvent

mis en opposition pour représenter respectivement les forces

rationnelles et irrationnelles. Cependant, avec le tournant

du siècle, la nuit devient aussi un temps de spectacle et de

plaisirs urbains facilités par la technologie, brouillant ainsi cette

frontière¹².


Dracula reflète une nouvelle manière de penser le

fonctionnement du temps, l’évolution des technologies, et la

place de l’être humain dans le monde. Le réel se glisse dans

l’illusion, tandis que les illusions se concrétisent et perturbent

le réel.