Culture-cinématographique-fin-de-siècle
« Plus vite et plus vite encore dansait la poussière⁶ »


« Je commençai à remarquer d’étranges petites taches flottant dans les rayons de la lune. On aurait dit de microscopiques grains de poussière qui tourbillonnaient et, parfois, fusionnaient pour former une sorte de nuage. Je les observai et une espèce de calme s’empara de moi. Je m’adossai, le plus confortablement possible, dans l’embrasure de la fenêtre, afin de jouir le plus possible de cet adorable spectacle aérien⁷. »
La culture cinématographique inscrite dans le roman Dracula constitue le fil conducteur de ce projet. Comprendre l’influence du cinéma dans le livre permet de saisir les tensions et contradictions entre science et spiritualité, raison et irrationalité, faits et fiction, entre autres⁸.
Le roman regorge d'allusions aux illusions d'optique, aux jeux de lumière et aux effets de clair-obscur. À l’aube du cinéma en 1897, de nombreux éléments suggèrent que Stoker, cosmopolite et actif dans le théâtre, suivait de près les technologies cinématographiques de pointe qui se développaient alors autour de lui.
Si l’on considère le cinéma comme une technologie liée aux dialectiques entre diégèse et mimésis théorisées par Christian Metz, en identifier des signes dans Dracula peut suggérer que les inventions technologiques suscitaient chez les habitant·es de Londres des anxiétés liées au monde des illusions et des images. La diégèse, ce monde autonome de l’image que nous savons fictif, se confond avec la mimésis, une reproduction fidèle d’un sujet. Peut-être que Dracula, créature inphotographiable, représente les peurs culturelles de l’époque liées aux images qui deviennent si réalistes qu’elles menacent de sortir de leur cadre et de nous entraîner dans leur royaume obscur.


